Ce que j'aime, dans les vide-greniers, c'est l'imprévu. Toujours à fouiner, parfois sans but précis, autre que m'émerveiller devant toutes ces vieilles choses exposées sans pudeur: souvenirs à vendre...
Mais, l'été dernier, j'étais bien décidé à trouver une sorte de guéridon pour garnir le coin sombre de mon salon que je voulais éclairer d'une vieille lampe de chevet héritée de ma grand-mère. Sur la place aux tilleuls, au centre de mon village, se tient tous les 15 août une grande braderie-brocante à ciel ouvert. Elle est suffisamment réputée dans le pays pour attirer de vrais passionnés, vendeurs comme acheteurs. Il faut y aller tôt, avoir l’œil et se décider vite.
Après un rapide tour d'inspection, juste le temps de m’imprégner de l'ambiance, j'aperçus à l'entrée de la place un vieil homme que je n'avais pas remarqué en arrivant. Il se tenait debout, derrière une petite commode basse, aux tiroirs bombés plaqués de loupe de châtaigner. Il ne semblait pas habitué à ce genre de commerce et paraissait même gêné d'être là. Ne voulant pas ajouter à son trouble apparent, je l'abordai avec délicatesse. Nous parlâmes bien sûr un moment; sa parole était lente, entrecoupée de longues pauses, le temps sans doute de nous laisser nous jauger mutuellement, puis vint la question fatidique du prix. A sa réponse, je sursautai: <