Un jour, j'ai voulu écrire. Version imprimable

Un jour, j'ai voulu écrire. Je suis allé à la petite librairie papeterie juste en bas de chez moi. J'ai longuement fouillé dans les étagères pour trouver le plus beau papier. C'est très important, le choix du papier: lisse, mais pas trop; blanc, mais pas trop; satiné plutôt que mat ou brillant. Puis j'ai cherché le stylo idéal. C'est très important le stylo: d'un diamètre ni trop fin ni trop gros, il faut l'avoir bien en main, un peu lourd mais avec une plume plutôt souple. C'est très important, les pleins et les déliés: c'est le poids, la terre, les racines, puis l'envol, la lumière, la liberté...
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La route. Version imprimable

Avant, j'aimais conduire. La nuit surtout, sur les routes désertes. La sensation que j'avais était celle de l'infini. La lumière jaune des phares qui se perd au loin me donnait l'impression de traverser un néant sans cesse renouvelé: la nuit, il n'y a pas d'horizon. Et puis il y avait cette joie intense du point du jour: tout ces paysages traversés sans les avoir vus, ces villages endormis, ces bêtes sauvages furtivement aperçues, ces papillons nocturnes, disparus comme rêve.
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L'aube incertaine (fin). Version imprimable

Avais-je dormi? Ou simplement somnolé? Comme d'habitude, je ne savais le dire. J'étais comme l'aube: indécis, un peu engourdi. J'avais envie à la fois de déplier mes jambes, marcher un peu, mais je ne pouvais en même temps pas détacher mon regard de cette infinie étendue d'eau en mouvement.
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L'aube incertaine (première partie) Version imprimable

Il fallait bien que l'aube soit incertaine: est-on jamais sûr du jour qui advient, de ce qui fera qu'au soir on pourra dire "ce fut une belle journée" ou "j'aimerais tant pouvoir tout oublier"? Alors oui, l'aube de ce jour était incertaine.
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Le miroir (fin). Version imprimable

Le miroir ne m'avait rien annoncé, je n'avais entendu aucun bruit. Une voix douce me chuchota dans l'oreille: "ne te retourne pas. Ne cherche pas à comprendre ce qui se passe en ce moment. Il te suffit d'avoir confiance en moi. Saches simplement que je suis celle qui habite ici depuis tant d'années que les gens du village, même les plus anciens, ne se souviennent pas de moi. Et pourtant, je suis jeune, je suis belle. Pour te dire ça, le miroir m'est inutile car je me connais suffisamment et je n'ai pas besoin de me regarder pour me reconnaître. Tu vois, il n'y a plus de feu dans la cheminée depuis des lustres, les fenêtres sont brisées, mais le sol est bon, pas de trace d'humidité, les murs sont solides, et le toit, malgré la vigne vierge, est sain..."
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Le miroir (deuxième partie). Version imprimable

C'était le seul objet dans cette vaste pièce, mais quel objet! C'était en fait un face-à-main en argent ciselé sur les bords duquel étaient incrustées deux belles pierres. Les éclats de lumière qu'elles lançaient par instants étaient d'un vert étincelant qui me firent penser à des émeraudes finement taillées. Comment était-ce possible que tout le reste du mobilier ait été soit déménagé, ou rangé dans une autre partie de la maison, soit pillé, que sais-je? Constellé de fines poussières, il semblait figé dans une éternité éteinte. Témoin immobile, qu'avait-il vu durant tout ce temps où il est resté accroché à ce corbeau de cheminée, ignoré du monde, oeil vide et inutile? Muet, absent, il avait bien sûr vu passer saisons, hirondelles, mouches, araignées, petites souris en quête de nourriture ou d'abri. Mais aussi d'autres promeneurs inattentifs ou randonneurs, sous la menace d'un futur orage, hâtés de retrouver le camping qui se trouvait à l'autre bout de la forêt.
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Le miroir, première partie. Version imprimable

Un jour que je me promenais en forêt, au détour du chemin, je vis une vieille maison abandonnée au milieu d'une clairière. Intrigué, je m'en approchai. 
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Le testament du poète. Version imprimable

Un jour, je poserai ma veste. J'ôterai mes souliers trop lourds. Ce sera un jour très ordinaire.
Je m'assiérai dans mon fauteuil et je fermerai les yeux. Vous verrez, vous, que c'est un jour très ordinaire. Il faudra simplement vous habituer à ne plus me voir.
Alors, la rivière, les oiseaux, les printemps, les beaux ciels, je vous les donnerai. Et puis vous prendrez mes pinceaux, mes tambours et vous jouerez avec les sons et les couleurs. Je vous laisserai aussi ma plume et mon cahier: ma dernière page sera votre première. Je ne serai plus parmi vous de la même manière, c'est tout.
Sachez regarder la terre et la foule des petites bêtes qui grouillent dans ses entrailles, écouter le coucou aussi bien que le vent dans les arbres. N'ayez pas peur de la pluie d'orage, mais, par dessus tout, osez cueillir le sourire des gens...