Café. Version imprimable

Bon, vous savez ce que c'est: on va au café, on choisit une table obscure au fond , on s'installe pour observer, on commande une bière, puis une autre, puis on ne sait plus trop combien. Bref, le temps passe.
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Livre blanc. Version imprimable

Par ma fenêtre ouverte, je vois un vallon. Au fond, on devine le parcours presque rectiligne d'un ruisseau à la rangée des saules qui le bordent. De part et d'autre, comme un grand livre ouvert, deux larges prés en pente douce et légèrement bombée.
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Le moulin ivre. Version imprimable

J'habite dans un moulin. A cet endroit, la vallée est très encaissée, sombre, mais juste après ce passage obligé, elle s'élargit en de vastes prés bordés de coteaux boisés. C'est un vrai moulin, avec encore sa roue à aubes et une grande partie de sa machinerie. Le bief, les trappes, les vannes, la dérivation, les déversoirs : tout fonctionne. De l'autre côté, le ruisseau qui peut aussi devenir torrent et au milieu de toutes ces eaux, le moulin.
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Emoi. Version imprimable

Tempête
ouragan
déluge
tremblement de terre
glissement de terrain.
Emoi!
Et moi, tremblements de ma main
qui glisse sur tes reins...

Le chemin blanc Version imprimable

Le chemin blanc, c'est celui qu'on emprunte à pas feutrés, ou bien hésitants, ou encore gaillards. Il est là, devant nous, tout droit ou sinueux et ne nous dit pas où il va, où il mène.
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Haïku divers. Version imprimable

De plus en plus blanc
le sapin ploie et gémit
comme un petit vieux
***
Il a tant neigé
et maintenant le brouillard
je ferme les yeux
***
Sur le chemin blanc
des traces de sanglier
mon ombre grelotte

Parlons peu, mais parlons bien. Version imprimable

Marcel:
    qu'avez vous à me dire aujourd'hui?

Moi:
    alors voilà, je dois vous faire une confidence. Pendant des années et des années, j'ai été confronté à une situation peu enviable et vous allez tout de suite comprendre pourquoi. Fatigué de mes journées passées à débattre et philosopher avec d'éminents érudits et penseurs, j'allais me coucher tôt et m'adonnais à la lecture d'ouvrages simples ne requérant aucun effort intellectuel. Ainsi je m'endormais aisément, oubliant même parfois d'éteindre ma bougie. Seulement, ce bon sommeil réparateur ne durait qu'un temps et très tôt, pris d'insupportables cauchemars et maux de crâne, assailli par les réminiscences de ce que j’avais vécu la veille ou même croyant être habité par les personnages de mes dernières lectures, je me réveillais en sueur au beau milieu de la nuit. J'essayais d'évacuer ce malaise en me tournant et me retournant dans mon lit, boire le verre d'eau que je savais toujours à portée de main, posé qu'il était sur ma table de chevet, mais rien n'y faisait. Puis peu à peu tout ce charivari s'apaisait et je pouvais enfin goûter le silence de la chambre. J'ouvrais les yeux et constatais que la nuit était encore bien noire. Je commençais à penser en toute lucidité à la journée qui, de toute façon, finirait par advenir. Alors, la seule chose qui me restait à faire était de me lever bien que l'heure du chant du coq n'ait pas encore sonné.

Marcel:
   mais c'est bien trop long, mon cher! Taillez dans le vif... On s'ennuie avec vous et vos phrases qui n'en finissent pas.

Moi:
   si vous y tenez... je vais vous parler d'une situation que j'ai eu à vivre au cours d'une partie non négligeable de mon existence. Le matin, contrairement à bien des gens, ayant plutôt mal dormi et ne voyant pas l'intérêt de rester encore au lit, je me levais sitôt les premières lueurs du jour.

Marcel:
  c'est mieux, mais, où voulez-vous donc en venir? J'ai encore un peu de mal à vous suivre! Les détails, c'est bien, mais dans le cas qui nous intéresse, j'aimerais sentir l'idée fondamentale qui soustend votre propos, quelque chose comme une révélation. Vous me comprenez?

Moi:
   ça a duré pendant de nombreuses années: à cause de mon sommeil léger, j'avais pour habitude de quitter mon lit à peine l'aube arrivée.

Marcel:
   je commence à y voir un peu plus clair. Toutes circonstances que vous m'exposiez au début ont certes de l'importance, mais seulement pour vous car c'est vous qui avez vécu ce que vous me racontez. Mais de mon point de vue, pour accrocher mon attention, j'ai besoin d'une phrase choc, d'une grande simplicité, de façon que, une fois le thème exposé, il n'y ait plus qu'à se laisser bercer par le flot du discours. Vous savez, il n'y a pas trente six manière d'accrocher le lecteur: il faut qu'il se sente comme le prisonnier, consentant bien sûr sinon c'est le rejet total, de toute la suite que vous lui offrez. Car en fait, un roman, c'est comme un cadeau que vous feriez à un inconnu: inspirez-lui confiance et faites en sorte qu'il, s'il est permis de penser ainsi, en redemande. Je vous écoute.

Moi:
   longtemps, je me suis levé de bonne heure...

Plagiat de Prévert: comment peindre l'océan. Version imprimable

Pour peindre l'océan.
Trois tubes de peinture à l'huile suffiront.
Un vert, un bleu et un blanc.
Placez votre toile sur le chevalet
et votre chevalet sur la plage à marée basse.
Étalez vite une large bande bleue en haut
puis une blanche et enfin une verte
et sans attendre
posez votre tableau
au sol.
Regagnez le haut de la plage
votre chevalet sous le bras
et attendez la marée haute.
Si l'océan ne vous rend pas votre tableau
il faudra recommencer à la prochaine marée.
Sinon
c'est que ce tableau lui plaît.
Sans le regarder
baissez-vous
prenez-le
emballez-le
et rentrez chez vous.
Cassez une vitre de votre fenêtre
placez le chevalet devant
posez le tableau
ôtez délicatement l'emballage.
Regardez-le intensément
n'ôtez pas les grains de sable
ni les petits bouts de varech
apprenez-le par cœur.
Puis fermez les yeux
mettez les mains en cloche sur vos oreilles.
Si de l'eau salée coule de vos yeux
c'est que le tableau est réussi.
Prenez une de vos larmes
mettez votre nom dans un coin du tableau.
Retournez à la plage
jetez votre tableau dans l'eau.
Si l'océan le garde
pleurez une seconde fois
et retournez devant votre fenêtre.
Maintenant enfin
vous pouvez être fier de vous et sourire sourire.