Demande. Version imprimable

Demande à la montagne l’âge de la pierre.
Demande à la mer l’âge de l’eau.
Demande au volcan l’âge du feu.
Demande à l’horizon l’âge de l’air.

Tous te répondront d’un éloquent silence que l’âge n’est rien, que ce n’est qu’une affaire d’humains. Ils te diront que tu es fait de la même matière qu’eux, que tu as leur âge et que tu ne mourras jamais, car tu fais partie d’eux, de toute éternité.

Ils te diront aussi que ta fortune n’est rien au regard d’une seconde d’extase. Ils te diront aussi que tes souffrances ne sont que la respiration de ta vie.

Et pour finir, ils te diront que l’air dans tes poumons est celui de l’horizon, que le chaud de ton sang est celui du volcan, et qu’il coule dans tes veines comme l’eau de la mer, et que grâce à tes os, tu graviras des montagnes!

Ecrire. Version imprimable

Coucher sur le papier un monde, un univers,
D’une main maladroite en prose, ou bien en vers,
Les arcanes cachés de l’écrivain pervers
Qui mélange à la fois son endroit, son envers.

Sûr! Pour écrire il faut regarder de travers,
Ne pas se contenter des simples faits-divers
Fuir la facilité, essuyer des revers.
Mais après le mot fin, se lever boire un verre.

Pétard mouillé. Version imprimable

Dans ses yeux fermés, une cigarette.
Les volutes bleues, les poumons exaltés, la tête qui explose.
Peu à peu le monde se transforme, disparaît et laisse sa place. Dans ce brouillard de conscience, les formes sont mouvantes, les sensations exquises, étrange perception charnelle et fugitive d'une inaccessible existence. Pour un instant, quelques minutes, le monde devient beau, éternel, inséparable. Plongée vertigineuse dans un modèle d'extase. Irrésistible appel d'un ailleurs parfait.
Puis vient le moment fatidique où, ne pouvant définitivement pas voler, l'homme-oiseau replie ses ailes, rentre son cou, rouvre ses yeux et se retrouve pataud, mal à la tête, envie de vomir, à nouveau englué le monde gris et lourd d'avant, sans autre issue que de recommencer ce faux voyage.
Par chance peut-être, un jour, la poésie, la musique...

Là-bas, partout, peut-être... Version imprimable

Là-bas, partout, peut-être,
dans les traînées ocrées
qui flambent au couchant,
ou au creux des fontaines
où l’eau coule si claire,
quand je croise une fille
aux cheveux ondulés,
au profond de la feuille
que le soleil inonde,
dans le bleu des glaciers,
le rouge des volcans,
dans le vent de la mer
qui rend les hommes fous.
Partout, dans les étoiles,
dans le noir de la nuit,
dans la terre si chaude
au soir des grands labours.
Là-bas, partout, peut-être,
ici ou bien ailleurs
je crois que tu es là
tant mes yeux sont aveugles.
Dors, ma petite fille…

Secret noyé. Version imprimable

Entends le triste appel de la sirène, au loin.
Pourtant la mer est bleue et le vent est serein.
C’est un petit bateau qui chavire au matin,
Et sombre par le fond la pêche et le marin.

L’eau se refermera emportant son secret.
Dans les journaux, trois mots. Le chagrin est discret
Quand ce n’est qu’un pêcheur qui coule avec son fret
Au milieu de la mer. Pas de pleur, ni regret.

Dors, mon ange. Version imprimable

Dors, mon ange, les bonnes fées veillent sur toi. Sous la peau de tes paupières, je vois la vie bouger. Un léger sourire passe sur tes lèvres lisses. Un rêve, sans doute... Puis il s'en va sur la pointe des pieds, pour ne pas te réveiller. J'écoute ton petit souffle léger lui aussi, régulier, apaisant. Jouis de ces années sans retour.
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Au petit chat qui dort. Version imprimable

Au petit chat qui dort,
Je dis merci encore.
À la rose qui tremble,
Je crois que je ressemble.
À l’étoile qui brille,
Mon regard s’écarquille.
Au tonnerre qui roule,
Je m’enivre et me soule.

À la mort qui nous guette,
La vie n’est jamais prête.

Le livre de la vie. Version imprimable

Le livre de la vie
s'écrit au jour-le-jour :
hier, déjà perdu,
demain est incertain.
Page blanche au matin,
page noircie le soir.
Écriture soignée
ou toute ébouriffée,
premier jet, sans rature
ou tarabiscotée.
Et puis, sans prévenir,
à l'instant saugrenu
où l'on croit pouvoir dire :
demain, je fais ceci,
demain, je fais cela,
la page reste vide.
Le livre se referme
et va rejoindre ceux
qui par millions s'entassent
dessus les étagères
de l'armoire aux secrets
des vies incognito.
Quelques uns s'en échappent,
ont une vie après,
qui servent de modèle
dont parfois on s'inspire.
C'est leur deuxième chance
avant de retomber
dans l'anonymat de
ceux qu'ils avaient quittés.