Les cartes postales - 3 Version imprimable

Je vous envoie des cartes postales avec du sable, rien que du sable, à part ça ou là quelques parasols. Sable sur lequel on s'allonge, et on s'abandonne, et on s'endort en écoutant le bruit des vagues et du vent.
Mais aussi celui qui coule entre les doigts, comme le temps qu'on veut retenir. Le sablier est la plus belle invention de l'homme, celle qui lui rappelle que son passage sur terre dure moins longtemps que les petits grains enfermés dans leur petite bulle de verre.

Les cartes postales - 2 Version imprimable

Je vous envoie des cartes postales, avec de la mer calme et lisse. Un petit bateau blanc posé sur l'eau: on dirait un flocon!
L'air est doux, le vent, faible. Voile à peine gonflée, on voit bien que la vie à bord est tranquille.
J'envoie de la paix. Nulle trace du passage, une vie simple.
Le ciel et la mer ne font qu'un. Il est bon de se le rappeler quand, parfois, on est pris dans les remous qui font douter de tout: la houle ne dure pas!

Les cartes postales - 1 Version imprimable

J'envoie des cartes postales: des rochers, des vagues, du sable, du vent.
Surtout du vent.
Celui qui porte loin, qui fait cligner des yeux, qui éveille l'esprit.
L'esprit du large; le grand large dans ce petit rectangle de carton.
J'envoie du rêve à ceux qui ne partent pas, ou pas encore.
J'envoie des bateaux qui, eux, partent loin, qui se noient dans l'horizon, qui portent des trésors d'espoir ou des espoirs de trésor.

On se reverra un jour.
Bons baisers de là où je suis, à vous qui êtes restés là-bas.

Jeux. Version imprimable

J'ai versé une petite larme le jour où il m'a fallu couper mon saule pleureur.

Randonner en Belgique, c'est mettre les pieds dans le plat. Comme parler du glyphosate en Beauce.

Amoureux transi, je passe ma vie à t'épier.

En amour, la séduction est une entrée en matière... avant l'autre...

Rire de la guerre ne veut pas dire rire aux éclats.

Entre la poire et le fromage, les éclats de voix sont des bris de mots.

Le crabe est un pince sans rire.

Petite pluie pendant des jours abat le moral

Pauvres gens, qui jouent au loto et rêvent de fortune pour un sou mis!

Prendre son temps, c'est aussi celui des autres. Le perdre n'engage que soi.

Enoncer une lapalissade, c'est enfoncer une porte ouverte.

Migration. Version imprimable

Combien se sont arrêtés, un soir d'été, désolés devant les prairies d'herbes sèches?

Combien ont levé les yeux au ciel et vu passer les prometteuses nues? Les ont vues passer si haut, si loin pour en espérer seulement une promesse d'eau? Les ont vues passer et s'en aller et disparaître, impuissants, vers d'autres horizons, féconder d'autres terres?

Combien de générations, combien de peuples, ont senti les larmes leur monter aux yeux, ont imploré en vain leurs dieux? Et s'en sont allés, eux aussi, vers d'autres terres plus fertiles?

Nous appartenons à la terre qui veut bien nous accueillir...

Les questionnaires. Version imprimable

Je suis secrétaire universitaire intérimaire stagiaire à Nanterre. Trentenaire, célibataire et tout pour plaire, sauf mon caractère.
Mon problème, entre autres: remplir les questionnaires me fait braire. J'aime les secrets, les garder, les taire.
Le vocabulaire de ces formulaires m'est souvent délétère. Je vais extraire leur sens primaire dans des dictionnaires. Mais je m'y noie très vite et j'en perds mon joli minois.
L'autre jour, j'avais un exemplaire "à remplir par le récipiendaire ou l'impétrant". Je me suis empêtrée dans les pages du dico. Ras le bol de ces mots multi séculaires! Je suis sortie prendre un verre, un bol d'air: avoir les idées claires pour remplir ces formulaires est d'importance première. Sinon, c'est crise de nerfs, caténaires à terre, éclairs et tonnerre.
Nana-nerfs.

Platine. Version imprimable

Le diamant fouille le sillon de la mémoire.
Technologie du passé... dépassée.
La musique surannée s'envole au bout du champ.
Dernier cri.
Le bras du chant et du silence s'élève, rejoint sa loge et retombe.
Le tourne-disque s'arrête et les souvenirs tournent en rond.
Souvenirs de platine, de diamant et d'or.

Brouillard. Version imprimable

Une à une, des perles se forment à la pointe des feuilles du saule.
Une à une, elles se détachent et tombent dans la mare aux poissons rouges.
Un petit ploc.
Un petit rond.
Des dizaines de petits ronds.
La surface de l'eau frissonne: c'est l'automne.
Au fond, dans la vase, l'oeil rond des carpes engourdies, endormies, reste immobile.
À quoi bon?
C'est l'automne...