Secret noyé. Version imprimable

Entends le triste appel de la sirène, au loin.
Pourtant la mer est bleue et le vent est serein.
C’est un petit bateau qui chavire au matin,
Et sombre par le fond la pêche et le marin.

L’eau se refermera emportant son secret.
Dans les journaux, trois mots. Le chagrin est discret
Quand ce n’est qu’un pêcheur qui coule avec son fret
Au milieu de la mer. Pas de pleur, ni regret.

Dors, mon ange. Version imprimable

Dors, mon ange, les bonnes fées veillent sur toi. Sous la peau de tes paupières, je vois la vie bouger. Un léger sourire passe sur tes lèvres lisses. Un rêve, sans doute... Puis il s'en va sur la pointe des pieds, pour ne pas te réveiller. J'écoute ton petit souffle léger lui aussi, régulier, apaisant. Jouis de ces années sans retour.
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Au petit chat qui dort. Version imprimable

Au petit chat qui dort,
Je dis merci encore.
À la rose qui tremble,
Je crois que je ressemble.
À l’étoile qui brille,
Mon regard s’écarquille.
Au tonnerre qui roule,
Je m’enivre et me soule.

À la mort qui nous guette,
La vie n’est jamais prête.

Le livre de la vie. Version imprimable

Le livre de la vie
s'écrit au jour-le-jour :
hier, déjà perdu,
demain est incertain.
Page blanche au matin,
page noircie le soir.
Écriture soignée
ou toute ébouriffée,
premier jet, sans rature
ou tarabiscotée.
Et puis, sans prévenir,
à l'instant saugrenu
où l'on croit pouvoir dire :
demain, je fais ceci,
demain, je fais cela,
la page reste vide.
Le livre se referme
et va rejoindre ceux
qui par millions s'entassent
dessus les étagères
de l'armoire aux secrets
des vies incognito.
Quelques uns s'en échappent,
ont une vie après,
qui servent de modèle
dont parfois on s'inspire.
C'est leur deuxième chance
avant de retomber
dans l'anonymat de
ceux qu'ils avaient quittés.

La maison qui dort. Version imprimable

Au loin, la forêt bleue. Là-bas, la maison dort.
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Prenez soin de la vie. Version imprimable

N’aurais-je été qu’une aube, qu’un balbutiement?
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Les carpes. Version imprimable

Au fond de mon jardin coule un ruisseau. En pratiquant une petite dérivation, j'ai aménagé un bassin où j'ai mis deux belles carpes Koï. L'une est blanche sauf une tache rouge entre les yeux. Je l'ai appelé Japonne. L'autre, à l'inverse est toute rouge avec un point blanc vers la queue. Elle, c'est Floconne.
Quand vient l'automne et que j'entreprends le grand nettoyage de fin de saison, je fais toujours très attention à ne pas trop racler le fond car je sais qu'elles aiment se cacher sous le nénuphar sur un tapis de feuilles mortes.
Aujourd'hui, il s'est passé quelque chose d'étrange. Je venais de ranger les outils. Le soleil allait se coucher et le vent du nord poussait de gros nuages noirs vers le sud, comme il l'avait fait  quelques jours auparavant avec les grues cendrées et les oies sauvages. De plus en plus nombreux, ils semblaient s'attendre vers l'horizon et ne mirent pas longtemps à envahir tout le ciel. Le soleil disparut sous cet amas de nuages. Absorbé que j'étais à observer le ciel, je ne prêtais pas attention à ce qui se passait dans le bassin.
Puis, selon mon petit rituel du soir, je cherchai des yeux les carpes avant de m'en aller. Le ciel se reflétait mal à la surface à cause du vent. Je les vis toutes les deux, immobiles, flanc à flanc. Tête au ras de l'eau, elles semblaient elles aussi observer ce qui se passait dans le ciel. Peu après, un flocon, puis deux ou trois autres se mirent à virevolter dans l'air. On aurait dit qu'ils ne voulaient pas toucher le sol ni s'abîmer dans l'eau. D'autres et d'autres encore, de plus en plus gros s'enhardirent. Les carpes semblaient fascinées par le spectacle. Puis, n'y tenant plus, Japonne jaillit hors de l'eau, goba un flocon et disparut sous le nénuphar au milieu d'une gerbe d'éclaboussures. Floconne ne bougea pas. Intrigué et un peu triste pour elle, j'attendis pour voir comment la scène se finirait. Après un long moment, d'un lent coup de queue, comme à regret, elle rejoignit Japonne. Déçue qu'il ne soit pas tombé un flocon rouge, sans doute...

Dors, mon bébé Version imprimable

Dors, ma fille; dors, mon bébé, mon enfant.
Tu es bien, avec moi; tu es bien, dans mes bras.
Tu ne sais pas ce que la vie te réserve, ni moi non plus. Je vois ton sang battre sous ta paupière. Tu souris à ton rêve. Il doit être si beau!
Les étoiles aussi veillent sur toi. Tu peux avoir confiance en elles. Quoi qu'il t'arrive, elles seront toujours là.
Tu vivras l'amour, la maladie, la joie comme l'espoir. Tu traverseras tous les obstacles. Parfois, tu te sentiras si faible, si désemparée! Tu n'auras plus la force. Et puis par magie, tu pousseras d'autres portes, et d'autres chemins s'ouvriront à toi, imprévus, inimaginables.
Tu naîtras à nouveau.
Je ne serai peut-être plus là pour te prendre dans mes bras. Un autre homme le fera à ma place.
Longue vie à toi, ma petite...