Les orages d'altitude Version imprimable

Je ne sais si en termes de météorologie cela a un sens, mais je veux parler de ce que j'appelle les orages d'altitude.
Ils semblent se former à l'horizon et se chargent de lourds nuages noirs-violets. Ils progressent très lentement sans que l'on voie le moindre éclair, mais dont on entend sans discontinuer les grondements. On dirait qu'ils se nourrissent d'eux-mêmes, qu'ils font ça entre eux sans se soucier d'un dénouement qui apaiserait les tensions électriques.
Ça peut durer une demi-heure ou une heure sans qu'on perçoive la moindre évolution. Sauf l'inexorable et menaçante avancée. C'est comme une menace contenue et donc plus terrifiante encore. Je pense alors à un volcan sous pression sur le point de se réveiller pour de bon. Puis soudain, sans qu'aucun signe visible ne laisse rien prévoir, deux scénarios sont possibles: soit les nuages se disloquent, se taisent en quelque sorte, et laissent apparaître à nouveau le soleil (mais pour combien de temps encore), soit un éclair plus fort que les autres parvient à briser cette masse grise, frappe la terre et entraîne avec lui un déluge d'eau et de grêle. La nature, prise au piège de cette violence enfin libérée ne sait que faire sinon le dos rond. Si elle savait, peut-être même qu'elle prierait le bon Dieu pour que ça s'arrête.
D'ailleurs bon Dieu ou pas, ça finit toujours par s'arrêter.
Cette scène n'est pas anodine pour les enfants: parfois, les parents sont comme ces orages.

Tout nouveau, tout beau, tout chaud! Version imprimable

Le voici enfin!

Jardin d'hiver. Version imprimable

Mon jardin, cet hiver,
Était un lieu désert,

Tout recouvert de neige,
Comme pris dans un piège.

La bêche et le râteau,
La fourche et le cordeau
Devenus inutiles
Bien rangés et tranquilles.

Un incongru corbeau
Parfois se trouvait beau
À survoler la place
Toute blanche de glace.

Puis la neige a fondu.
Le corbeau s'est pendu,
Jaloux de l'hirondelle
Qu'on attend, qu'on appelle...

Qu'on lui trouve plus belle.

Nouveau recueil. Version imprimable

Le 19/4/18:

Un nouveau recueil
sous le titre "Cinq chants" est en cours d'élaboration .
Il se compose de cinq parties, chacune dédiée à un thème particulier, où l'on trouvera des poèmes et différents textes et nouvelles écrits ces deux dernières années.
Sa sortie se fera vraissemblablement début juillet.


Aujourd'hui 8/6/18:

tout semble se passer harmonieusement. Dans 15 jours...

Vert indigo. Version imprimable

Imaginez une prairie. Un troupeau de moutons est passé par là. L’herbe est rase, mais pas trop: juste ce qu’il faut pour que les derniers rayons du soleil printanier s’y accrochent. Un vert qu’on croirait faux tant il est jaune et brillant.
C’est le moment où les bêtes, dans la bergerie, donnent leur lait, tandis que dehors, la lumière décline. Il commence même à faire frais. La lune rôde à l’horizon à l’instant où le soleil disparaît derrière la forêt.
Le bleu du ciel n’y croit déjà plus, tandis que les ombres s’allongent, que les montagnes au loin virent au violet puis à l’indigo, et invitent le monde entier à plonger dans la nuit.

Eloge du pain. Version imprimable

Cher Monsieur,

savez-vous la place que vous prenez dans ma vie? Matin, midi et soir je pense à vous.

Lorsque je tranche votre pain frais, je vois des champs de blé somnolant au soleil de juillet, des alouettes qui s’envolent en chantant la joie de l’été.

Un peu rassis, lorsque je le fais griller et que je vois la mie blondir et que j’entends la croûte grésiller, c’est toute la maison qui embaume.

Et lorsqu’au soir je le trempe dans ma soupe, je devine tous ces aïeuls de la terre, fourbus, mais heureux d’avoir du pain à manger.

Alors, cher boulanger, pour tout cela, que vos mains soient bénies.

Bien à vous.

La vieille dame. Version imprimable

 Quand j'étais petite, j'aimais jouer à la marchande. Je m'installais en haut des marches de l'escalier extérieur qui menait à la cuisine. Je vendais des coquilles d’escargot vides, des petits cailloux blancs, des boutons de culotte de toutes les couleurs, et parfois, des fourmis et des araignées mortes. Ma grand-mère, quand elle était gentille ou quand j'avais été sage, me prêtait sa balance avec les poids bien rangés de un à cinq cents grammes. Il en manquait un de deux grammes, qu'on avait remplacé par un petit plomb de chasse. Quand j'avais fini, j'étais fière de lui rendre la série complète bien en ordre.
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Le temps. Version imprimable

Des tubes de verre dans le vent.
Une fontaine qui chantonne.
Des nuages de passage.

Des bribes de temps s'entrechoquent dans le vent.
Le temps s'écoule comme l'eau.
Le temps fuit comme nues.

Léger comme la feuille dans l'alizé.
Léger comme un souffle de brume.
Insaisissable comme un sourire.

Cruel comme la mort.