De tout et de rien. Version imprimable

J'ai mangé mon pain
un peu pour mon estomac
le reste aux oiseaux

***

C'est les sports d'hiver
la montagne a enfilé
son kimono blanc

***

Il y a le tout
comprenant mille parties
et moi, dans tout ça?

Le chant du grillon. Version imprimable

 Un jour, je pris le temps d'écouter un grillon.
Il avait fait si chaud dans la journée ! Le soleil avait bombardé la campagne environnante et dans la ville accablée de chaleur, beaucoup de monde avait trouvé refuge dans les jardins publics. Pour tous ces gens, c'était comme un instinct de survie qui les poussait à chercher ce contact avec la nature, pourtant si peu sauvage en ces lieux très ordonnés. Et puis la campagne, c'était trop loin, tel un inaccessible mirage. Lorsqu'ils y pensaient, ils éprouvaient une sorte de malaise, une culpabilité, même : pourquoi ai-je un moment donné laissé, voire abandonné, tout ça ? Car au fond d'eux, tout au fond, loin derrière les habitudes et les renoncements subsistait une espèce de souvenir, ou vague réminiscence semblable à ce qui reste d'un rêve inachevé dont on se souvient si mal au réveil qu'on ne peut le raconter.
Et puis le soir finit par arriver et avec lui son lot d'odeurs, de fraîcheur et de paix. Après que le soleil eut disparu, la température commença à baisser et les souffles d'air, auparavant si étouffants laissèrent peu à peu place à une petite brise légère et bienvenue. Le feuillage des bouleaux et des saules qui bordent l'étang central tremblotait dans ce nouvel air vivifiant. Comme tant d'autres, et plus ou moins à contre cœur, l'exigence de mon travail faisait que je vivais depuis pas mal d'années dans cette ville. Et puis ça m'a pris tout à coup, sans prévenir, ce fameux soir d'été. Toute ma journée n'avait été que rendez-vous, réunions à n'en plus finir, coups de téléphone. Lorsque je pus enfin sortir de ce labyrinthe la nuit allait tomber. Pour rentrer chez moi, j'emprunte un large boulevard qui longe le parc. Mais sans crier gare, l'idée saugrenue me vint de m'arrêter. D'arrêter tout ça Je rangeai ma voiture non loin d'une entrée. Une grande allée menait directement au bassin aux poissons rouges. J'avisai un banc inoccupé et m'y assis. Le jet d'eau diffusait une fine bruine que le vent dispersait de ci de là au gré de son humeur. Parfois, je recevais une partie de cet embrun que j’accueillais avec plaisir. Les gens commençaient à rentrer chez eux, peu à peu l'agitation disparaissait et le silence s'installait. Au bout d'un moment, je me retrouvai seul dans mon petit coin de verdure. C'est alors que j'entendis le grillon. Peut-être chantait-il avant et je ne l'avais pas remarqué ? Il n'était qu'à quelques pas de moi. Je quittai mon banc et allai m'accroupir près de lui. Il était là, dans l'herbe et dans sa carapace noire aux reflets de bronze. Lorsqu'il me sentit trop proche, il se réfugia dans un trou. J'étais ému de la fragilité, de la précarité de cette vie. Je m'éloignai un peu et attendis. Il ne tarda pas à ressortir et à reprendre ses stridulations. Comme un jeu, je m'approchai à nouveau ; il se tut ; je reculai : il se remit à chanter. J'étais comme un enfant, je sentais quelque chose se produire en moi, comme si des certitudes d'adulte vacillaient.
Je finis quand même par rentrer chez moi, un peu à regret. Le malaise ne se dissipait pas. Ma femme m'observait en silence jusqu'au moment où, l'air de rien comme elle sait si bien le faire, elle me demanda : quand est-ce qu'on s'en va ? Désarçonné, je sursautai : euh... quoi ?.. Hein ? Elle : oui, oui, je t'observe depuis quelques temps, tu changes, tu ne parles plus de ton travail, tu ne t'intéresses plus au mien, et puis ce soir, c'est le bouquet ! Tu rentres à point d'heure en sifflotant, la mine réjouie. Je lui racontai le grillon. Alors, elle me prit dans ses bras et me dit dans le creux de l'oreille des tas de choses étranges que je ne comprenais pas. Ce que j'écoutais, c'était le ton grave de sa voix, déterminé et à la fois si aimant, en même temps que j'entendais encore résonner dans ma tête le chant du grillon.
Deux mois plus tard, nous déménagions...

Mon poisson rouge. Version imprimable

Mon poisson rouge a un petit œil tout rond.
Il tourne en rond dans son bocal tout petit.
Il voit tourner le monde qui l’entoure.
Lorsqu’il fait demi-tour, le monde demi-tourne aussi.

Mon poisson rouge s’est arrêté.
La tête lui tourne.
Je vois bien qu’il se pose des questions.
Que ferais-je dans un bocal cubique?
Ou pire, dans un bocal tuyau?
Et pire encore, dans un bocal sans paroi?
Alors, le vertige le prend.

Il a recraché quelque chose,
et s’est remis à nager.
Après tout, tant qu’il nage,
il est heureux…

Folie d'écrire. Version imprimable

Écrire, écrivain, vains écrits; écrits rêvassent, écrevisse: j’en pince pour écrire, jusqu’à pus soif, comme on dit quand on a faim de mots.
Mais, écrevisse, vis-écrou, couple infernal. Écrou, tenir en prison de soi, jusqu’à faire un trou dans le mur, une lézarde. Le lézard se plait au soleil et dort au soleil d’or. Et crier, encrier, ancre marine.
Des bateaux voguent sur la mer des mots et l’écrivain pêche, au hasard, des écrevisses.

Lettre à moi. Version imprimable

Lettre à moi,


bonjour, toi. Pourquoi t'as grandi?
Tu m'as laissé ici et je t'ai regardé partir, loin. Mais, j'avais un fil dans ma poche et je t'ai laissé (mis en laisse) faire ce que t'as voulu. Et puis, quand la ficelle a été trop tendue, je n'ai eu qu'à tirer un peu comme fait le pêcheur au bout de sa ligne.
Je n'ai eu qu'à t'attendre.
Et t'es venu, revenu.
Et t'as écrit plein de trucs, mais en fait, tu m'écrivais sans le savoir. a faisait comme un pont entre toi et moi. C'est à dire, entre toi et toi, ou moi et moi. Comme tu veux. C'est pareil. En tout cas, celui qui est en toi pour toujours.
Tu le/me regardes et tu souris. Alors je te le demande encore: pourquoi t'es parti, puisqu'en fait t'es pas parti. Il te faut un miroir pour me voir?
Miroir, réfléchir... T'as vraiment besoin de réfléchir pour me voir?
Mais je t'en veux pas.
On est mieux tous les deux, ensemble.

Traces de vous. Version imprimable

J’ai trouvé des traces de vous dans les rues au petit matin frais de printemps. Quelques pétales de rose dansaient sur le pavé près de la fontaine lorsque le soleil se levait.
→ plus

Nuit océane. Version imprimable

Quelque part, sur le sable mouillé, la lune danse.
La marée s'est retirée, laissant vide un espace immense. Le soleil a plongé au loin, dans le silence de l'horizon. Il a emporté avec lui les couleurs qu'on aime tant. Il a emporté aussi le cri des oiseaux de mer. Il a fait disparaître surfeurs, voiliers, parasols, crèmes à bronzer. Il a même emmené dans sa folie les vagues, la respiration de l'eau.
Une pluie d'étoiles filantes traverse le ciel. Sans un bruit, elles apparaissent par surprise, passent et disparaissent comme le font les pensées dans nos pauvres têtes d'humains.
Et puis en plein coeur de la nuit, la lune s'est levée. Dans sa lente course, on dirait qu'elle trace un pont entre des mondes. Dans sa course impassible, on peut voir le reflet d'une âme apaisée. Peu à peu, elle inonde de sa tranquille blancheur la plage mouillée, comme une danse immobile.
Quelque part, au fond de la baie, un phare, une jetée. Un homme, assis, yeux grands ouverts, rêve de paix.

Des bateaux, des poissons et des rêves. Version imprimable

J'ai vu de vieux bateaux sur la mer au couchant.
Ce n'était que des points perdus à l'horizon.
Poussés par la marée, ils se hâtaient pourtant.
Je les vis s'approcher, louvoyer dans la passe,
cales à déborder tant la pêche fut belle,
esquivant les récifs ruisselant de soleil,
rejoindre les eaux calmes entre les deux jétées
comme deux bras ouverts accueillant ses enfants.
Les marins sur le pont redevenaient des hommes.

J'ai vu des bateaux blancs filer vers l'infini,
toutes voiles dehors, mus par un vain désir
ou un vent de folie. Reviendront-ils un jour
de leur quête naïve? Auront-ils vu le fil
que nul ne veut briser? Auront-ils essayé,
malgré ce que l'on dit, de braver à main nue
cette infime limite au delà de laquelle
sans espoir de retour on plonge dans le noir?

De patience je n'ai pour avoir la réponse
et préfère manger les poissons que l'on pêche
plutôt que ceux, trop beaux, qu'on espère en rêvant.