De mes nouvelles de la montagne. Version imprimable

Bonjour chers amis. Je profite de cet instant magique pour vous écrire ce petit mot. Je suis installé sur le balcon du chalet et je prends mon petit déjeuné. Il fait, à cette altitude, encore bien frais, mais le soleil m'a tiré de mon duvet.
De mes mains, j'entoure mon bol de café bouillant. Au menu, deux larges tranches: l'une de pain de seigle tartinée de miel de sapin, l'autre de fromage de Beaufort d'alpage.
Non loin du chalet, un modeste troupeau de jeunes tarines arrivé hier au soir a commencé à brouter tranquillement l'herbe toute piquetée de rosée. Les mouches semblent attendre encore un peu avant de se montrer.
L'eau qui tombe dans l'abreuvoir fait son petit bruit calme et imperturbable. D'ailleurs, j'ai eu bien du mal à m'arracher à son chant lorsqu'hier il a fallu aller me coucher.
En face de moi, tout en bas de l'autre côté de la vallée, là où le soleil ne s'aventurera que dans une heure, je vois quelques cheminées fumer.
Je sais trop que ces moments d'extase ne durent pas, et c'est pourquoi je tenais à vous les envoyer en partage. Non pour vous en rendre jaloux, mais pour vous donner envie, pour plus tard...
Bien à vous, que je reverrai bientôt.

De mes nouvelles de la plage. Version imprimable

Je vous écris cette petite carte depuis la plage. Je suis bien arrivé ce matin et la journée a passé comme un rêve.
Le bruit des vagues me fait penser à une respiration lente, celle qui apaise et dont j'avais tant besoin.
L'air est encore doux et le soleil va bientôt disparaître dans le feu des nuages posés sur l'horizon.
Les familles sont déjà rentrées préparer le dîner, tandis que les derniers promeneurs ont repris possession des lieux. Ils vont et viennent, lançant des petites balles que leurs chiens toujours aussi enthousiastes ramènent inlassablement, comme les vagues.
Je replie bientôt mes affaires et vais m'offrir une crêpe et sa bolée de cidre en pensant bien à vous, chers amis citadins et si lointains déjà.

L'ondée. Version imprimable

Je vais parler de l'insaisissable matière tombant de ces masses blanches, grises, voire parfois noires, glissant dans le ciel, agitées par des vents invisibles.
→ plus

L'affaire Bourgeat. Version imprimable

Rappelons les faits et les circonstances.
Tout d'abord, Plongeac est une vieille cité médiévale au plein coeur du Massif Central. Perchée sur un piton basaltique, elle surplombe une petite limagne où serpente une jolie rivière dont les eaux très pures sont réputées pour abriter des espèces rares de poissons. Vers la fin des années 80, la commune s'est dotée d'une belle piscine ce qui était plutôt original à cette époque dans ces contrées un peu reculées. Fort appréciée cependant par les populations locales, un club sportif a rapidement vu le jour et a commencé à former de très bons nageurs. La notoriété du WSP (Water Sporting Plongeac) monta encore d'un cran le jour où Benjamin Bourgeat, natif d'un hameau de Plongeac, fit partie de la sélection représentant la France lors de compétitions internationales vers la fin des années 90.
Tant et si bien que, de succès en succès, le centre de formation demanda, en guise de reconnaissance, que la piscine municipale fût modernisée, agrandie et mise aux normes du moment afin de pouvoir accueillir des compétitions officielles. Mais au vu des maigres finances dont disposait la commune, ces travaux semblaient pharaoniques. L'honnête et dévoué monsieur Nestor Bourgeat alors maire de Plongeac et de surcroît oncle de la célébrité locale Benjamin, se sentait pris au piège entre sa fierté d'oncle, lui qui n'avait pas eu d'enfant, et sa probité vis à vis de ses administrés. Les uns le poussaient à se lancer dans ce grand chantier qui, à n'en pas douter, permettrait de porter haut la renommée de Plongeac, tandis que les autres ne voyaient que manigances, collusion et affaires de famille. Cela d'autant plus que Eugène, le père de Benjamin et par ailleurs président du syndicat des eaux du canton, briguait à la fois la mairie et le siège de député lors de futures élections. Et bien sûr, il ne jurait que par le projet de piscine olympique. Les deux frères, qui jadis s'entendaient comme larrons en foire, finirent par se brouiller.
Aux municipales qui suivirent, la liste "En avant Plongeac", conduite par Eugène dont le surnom "le requin" circulait depuis un moment, ne fut battue que de quelques voix. On recompta et, oh! l'horrible (ou divine selon le cas) surprise, le résultat final la donna vainqueure.
Les accusations plus ou moins fondées de fraude fusèrent de toutes parts. On en vint aux mains, des échauffourées éclatèrent, que la gendarmerie eut bien du mal à faire cesser.
Puis tout s'arrêta brutalement le jour où l'on apprit le décès de Nestor, noyé dans la piscine. L'enquête rondement menée conclut à un suicide.
C'est ainsi que le projet démesuré de piscine olympique en pleine campagne auvergnate ne vit jamais le jour et, pour ainsi dire, tomba à l'eau.

Nom d'un chien! Version imprimable

Mais qui est donc ce visiteur? Il est entré chez moi sans même frapper. Bon, d'accord, la porte d'entrée, qui donne aussi sur la cuisine, était grande ouverte. J'avais sorti un gâteau au chocolat du four: comme ça sentait bon! Puis j'avais lu un peu au salon en attendant qu'il refroidisse. Et maintenant, merde!!! Je ne vois plus le gâteau! Le pire, c'est que je l'avais fait tout exprès pour le chien du voisin qui n'arrête pas d'aboyer toute la journée. J'avais mis un peu de mort-aux-rats dans la pâte...
Sniff, il va falloir que j'aille voir le voisin pour éviter un malheur. Et si c'est pas le voisin? AÏe aïe aïe !!!
Heureusement, avec toute la neige tombée ces derniers jours, je vais pouvoir le suivre à la trace. Mais arrivé à la porte, ce n'est pas une, mais des dizaines de traces, dans tous les sens, comme si la personne avait cherché à m'embrouiller. Mais une attira mon attention: des miettes de gâteau accompagnaient les traces, comme l'avait fait il y a bien longtemps le Petit Poucet.
J'étais quand même très intrigué, surtout que j'avais l'impression qu'elle ne menaient nulle part. Mais je suivais, sûr que j'allais découvrir qui avait volé mon gâteau.Il faut vous dire que j'habite au fond d'un bois dans une sorte de grande clairière où il n'y a que deux maisons, et que les traces ne faisaient que m'éloigner de chez moi. Parfois je courais en espérant rattraper mon voleur, mais rien n'y faisait vraiment. D'après mon sens de l'orientation, j'avais surtout la désagréable impression de parcourir un grand cercle et, au vu des traces de gâteau, il ne devait pas en rester beaucoup entre les mains du type. Tant et si bien qu'au bout d'un moment, les miettes disparurent.
Et qu'au bout d'un autre moment, je me retrouvai devant la porte de chez mon voisin.
Il était assis sur son banc de pierre, son chien à ses pieds. Il fumait tranquillement sa pipe. Comment a-t-il pu?... Je pris mon air le plus sérieux: "Belle journée, n'est-il pas?" et lui, un drôle de sourire au coin des lèvres "Il est, en effet. Belle promenade dans la neige, n'est-il pas?..." Le chien continuait son roupillon. Je ne sus rien rajouter et rentrai chez moi, perplexe.
Plus tard, je ne sais pas, quelqu'un frappe à ma porte. Je me réveille en sursaut. Mince, j'ai donc rêvé que j'empoisonnais le chien du voisin? "Ah, c'est toi, voisin, qu'est-ce qui t'arrive? Je somnolais, j't'ai pas entendu arriver." "Ben... voilà... heu... t'aurais pas vu ou entendu mon chien, par hasard?" "Ben non, j'te dis: j'me r'posais. T'as vu des traces dans la neige?" "Ben non; mais dis donc, t'aurais pas un peu bu avant la sieste? On est en juillet: la neige..." "Ah oui, c'est que j'arrive pas à sortir de mon rêve. Mais bon, on va aller le chercher ton chien"
Et nous voilà partis tous les deux: l'un voulant récupérer son chien, l'autre espérant bien ne surtout pas le revoir. On fait des cercles concentriques autour de nos maisons; on repasse même à l'endroit où j'avais rêvé les traces de gâteau, mais il faut bien se rendre à l'évidence: le clébard a disparu. On continue nos recherches, de plus en plus loin de notre clairière. Les bruits de la grand-route se rapprochent. Lui me dit "Oh, ça sent pas bon, ça" "Oui, je crains le pire pour ton chien" je dis, faussement inquiet. Arrivés à l'aire de pique-nique, que ne voit-on pas? Une famille attablée faisant quatre heures et le chien faisant le beau!. "C'est à vous, c'clébs?" "Ben oui, on l'cherche, ça fait plus d'une heure maintenant. I'vous embête, hein?" "Oh non. Surtout le petit, il est aux anges, lui qui ne rêve que d'avoir un chien. D'ailleurs, il lui a donné tout son gâteau au chocolat: c'est dire!..."
On se regarde sans un mot sans doute, mais sûr qu'on ne pense pas la même chose.

La sirène de la Mer de Glace. Version imprimable

Une voix s'élève, blanche, parmi les séracs: c'est la sirène de la Mer de Glace qui appelle..
Elle chante, pleure et crie tout à la fois.
Vertige de l'altitude et du froid, elle résonne de crevasse en crevasse, entre les moraines et rebondit sur les apics rocheux et s'envole plus haut que les sommets, plus haut que les aigles.
Dans le bleu vide du ciel, elle s'épanouit et trouve son chemin.
Quelqu'un, peut-être, saura la voir et l'entendre.
Un poète, assurément...

Les soleils. Version imprimable

Les soleils s'enfuient et disparaissent dans l'épaisseur du noir.
D'autres étoiles s'accrochent et résistent au tourbillon.
Dans mes yeux rongés par la poussière, des éclairs de sang éblouissent la nuit.
Non! Je ne veux pas!
Mes mains se crispent à la surface des choses de la terre.
Je laboure le sol de mes pauvres pieds fatigués.
Les ténèbres m'enveloppent, me font vaciller.
Mais je crois trop en la lumière de demain pour tomber aujourd'hui.

Expressions corporelles. Version imprimable

J'en vois, et je n'ai pas les yeux dans ma poche, qui traînent des pieds, font la sourde oreille et font les choses à leur corps défendant, à contre-cœur. D'autres prennent leurs jambes à leur cou et fuient la difficulté ventre à terre. Comment font-ils d'ailleurs pour ne pas se casser la margoulette ? D'autres encore tournent simplement les talons en bougonnant dans leur barbe en haussant les épaules. C'est vrai que dans certaines situations, il faut prendre les choses à bras le corps, avoir le cœur bien accroché, jouer des coudes, se prendre par la main, faire le dos rond, serrer les dents et ne pas se dire « les bras m'en tombent, j'aimerais tant avoir un petit coup de pouce du destin » Alors, je mets les pieds dans le plat et je tape du poing sur la table. Car en fait, jamais le ciel ne nous tombera sur la tête et, même si j'ai le dos large, jamais on ne me fera mettre les genoux à terre. En revanche, je sais défendre pied à pied mes convictions, voire bec et ongles sans pour autant bomber le torse ni monter sur mes ergots ou avoir les chevilles qui gonflent ; quitte à prendre mon mal en patience, et savoir remettre à demain ce que je ne pouvait faire aujourd’hui avec une seule.