Vert indigo. Version imprimable

Imaginez une prairie. Un troupeau de moutons est passé par là. L’herbe est rase, mais pas trop: juste ce qu’il faut pour que les derniers rayons du soleil printanier s’y accrochent. Un vert qu’on croirait faux tant il est jaune et brillant.
C’est le moment où les bêtes, dans la bergerie, donnent leur lait, tandis que dehors, la lumière décline. Il commence même à faire frais. La lune rôde à l’horizon à l’instant où le soleil disparaît derrière la forêt.
Le bleu du ciel n’y croit déjà plus, tandis que les ombres s’allongent, que les montagnes au loin virent au violet puis à l’indigo, et invitent le monde entier à plonger dans la nuit.

Eloge du pain. Version imprimable

Cher Monsieur,

savez-vous la place que vous prenez dans ma vie? Matin, midi et soir je pense à vous.

Lorsque je tranche votre pain frais, je vois des champs de blé somnolant au soleil de juillet, des alouettes qui s’envolent en chantant la joie de l’été.

Un peu rassis, lorsque je le fais griller et que je vois la mie blondir et que j’entends la croûte grésiller, c’est toute la maison qui embaume.

Et lorsqu’au soir je le trempe dans ma soupe, je devine tous ces aïeuls de la terre, fourbus, mais heureux d’avoir du pain à manger.

Alors, cher boulanger, pour tout cela, que vos mains soient bénies.

Bien à vous.

La vieille dame. Version imprimable

 Quand j'étais petite, j'aimais jouer à la marchande. Je m'installais en haut des marches de l'escalier extérieur qui menait à la cuisine. Je vendais des coquilles d’escargot vides, des petits cailloux blancs, des boutons de culotte de toutes les couleurs, et parfois, des fourmis et des araignées mortes. Ma grand-mère, quand elle était gentille ou quand j'avais été sage, me prêtait sa balance avec les poids bien rangés de un à cinq cents grammes. Il en manquait un de deux grammes, qu'on avait remplacé par un petit plomb de chasse. Quand j'avais fini, j'étais fière de lui rendre la série complète bien en ordre.
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Le temps. Version imprimable

Des tubes de verre dans le vent.
Une fontaine qui chantonne.
Des nuages de passage.

Des bribes de temps s'entrechoquent dans le vent.
Le temps s'écoule comme l'eau.
Le temps fuit comme nues.

Léger comme la feuille dans l'alizé.
Léger comme un souffle de brume.
Insaisissable comme un sourire.

Cruel comme la mort.

Nouveau recueil. Version imprimable

Un nouveau recueil sous le titre "Cinq chants" est en cours d'élaboration .
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Abandon. Version imprimable

Un chêne centenaire.
Une maison vide.
Des toiles d'araignées.
Des souvenirs fanés.
Les hirondelles parties
ne reviendront plus.

Fleurs de mer. Version imprimable

Les goélands tracent des sillons dans le ciel
laboureurs infatigables
useurs de vent.

Ils sèment d'invisibles graines d'arabesques
d'où jailliront à leur insu
des fleurs de mer.

Les trains. Version imprimable

J'aime regarder passer les trains. Je n'y peux rien, c'est comme ça. Ça me fait rêver. J'apprends. Je m'installe sur le pont qui enjambe les voies juste à la sortie de la gare. L'hiver, l'endroit est plutôt hostile : la rambarde, les rails, tout cet acier partout inspire le froid. Mais en plein été, lorsque la journée a été particulièrement chaude, il monte du ballast une indéfinissable odeur faite de rouille et de vieilles graisses qui témoigne de la longue histoire de ces voies.
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