Migration. Version imprimable

Combien se sont arrêtés, un soir d'été, désolés devant les prairies d'herbes sèches?

Combien ont levé les yeux au ciel et vu passer les prometteuses nues? Les ont vues passer si haut, si loin pour en espérer seulement une promesse d'eau? Les ont vues passer et s'en aller et disparaître, impuissants, vers d'autres horizons, féconder d'autres terres?

Combien de générations, combien de peuples, ont senti les larmes leur monter aux yeux, ont imploré en vain leurs dieux? Et s'en sont allés, eux aussi, vers d'autres terres plus fertiles?

Nous appartenons à la terre qui veut bien nous accueillir...

Platine. Version imprimable

Le diamant fouille le sillon de la mémoire.
Technologie du passé... dépassée.
La musique surannée s'envole au bout du champ.
Dernier cri.
Le bras du chant et du silence s'élève, rejoint sa loge et retombe.
Le tourne-disque s'arrête et les souvenirs tournent en rond.
Souvenirs de platine, de diamant et d'or.

Brouillard. Version imprimable

Une à une, des perles se forment à la pointe des feuilles du saule.
Une à une, elles se détachent et tombent dans la mare aux poissons rouges.
Un petit ploc.
Un petit rond.
Des dizaines de petits ronds.
La surface de l'eau frissonne: c'est l'automne.
Au fond, dans la vase, l'oeil rond des carpes engourdies, endormies, reste immobile.
À quoi bon?
C'est l'automne...

Interstices. Version imprimable

Les larmes entre deux bonjours.
L'espace entre deux mots.
Le silence entre deux paroles.
Le sourire entre deux espoirs.
Le souffle entre deux amants.
Le brin d'herbe entre deux rochers.
La vie entre deux mondes.

Crépuscule d'été. Version imprimable

L'or des blés s'endort au bord des champs.
Les ombres bleues de la forêt frissonnent et s'allongent.
Le soleil plonge derrière la colline.
Les grillons emplissent le silence.
La suave effluve des foins flotte dans l'air frais du soir.
Parfois une hirondelle refuse encore de se coucher.
Sous la tonnelle, on allume des bougies pour déguster des sorbets.

Eté. Version imprimable

Chemin de terre et de pierre
de poussière
de lumière.

Chaque pas crisse
la chaleur vibre.

Les cigales sont le cri du silence de midi
dans la garrigue sèche
où le lézard vert dort.

Qu'elle est loin
la fontaine du repos...

Ma condition humaine. Version imprimable

Je suis un goéland
des yeux
ma condition humaine
m'empêche de voler.

Je cherche le soleil
des yeux
ma condition humaine
m'empêche de briller.

Je m'allonge et je ferme
les yeux
ma condition humaine
me permet de rêver
 
 

Le bateau des souvenirs. Version imprimable

Le cri du cormoran
le cinglant vent du large
le grain qui te cisaille
le ressac dans les rocs
les ténèbres d'un gouffre
entraille de la pierre.

Le soleil qui renaît
les enfants sur la plage
sable et sel sur la peau
et le doux vent du large.

Bateau des souvenirs,
accoste à ma mémoire!