Plagiat de Prévert: comment peindre l'océan. Version imprimable

Pour peindre l'océan.
Trois tubes de peinture à l'huile suffiront.
Un vert, un bleu et un blanc.
Placez votre toile sur le chevalet
et votre chevalet sur la plage à marée basse.
Étalez vite une large bande bleue en haut
puis une blanche et enfin une verte
et sans attendre
posez votre tableau
au sol.
Regagnez le haut de la plage
votre chevalet sous le bras
et attendez la marée haute.
Si l'océan ne vous rend pas votre tableau
il faudra recommencer à la prochaine marée.
Sinon
c'est que ce tableau lui plaît.
Sans le regarder
baissez-vous
prenez-le
emballez-le
et rentrez chez vous.
Cassez une vitre de votre fenêtre
placez le chevalet devant
posez le tableau
ôtez délicatement l'emballage.
Regardez-le intensément
n'ôtez pas les grains de sable
ni les petits bouts de varech
apprenez-le par cœur.
Puis fermez les yeux
mettez les mains en cloche sur vos oreilles.
Si de l'eau salée coule de vos yeux
c'est que le tableau est réussi.
Prenez une de vos larmes
mettez votre nom dans un coin du tableau.
Retournez à la plage
jetez votre tableau dans l'eau.
Si l'océan le garde
pleurez une seconde fois
et retournez devant votre fenêtre.
Maintenant enfin
vous pouvez être fier de vous et sourire sourire.

Noël en silence de toi. Version imprimable

Salon
demi-jour
silence de toi.

Tic-tac de l'horloge
le temps, le souffle et la bougie:
l'âme veille.

Et ton sourire embrasse la maison.
Toi
  qui dors là-bas, au cimetière.
Ma fille.

La statue dans le parc. Version imprimable

Parc vide ou parc plein.
Par tous les temps, par tous les jours.
La statue de marbre blanc sourit aux enfants et aux moineaux.
Les oiseaux chient dessus.
Et ça fait rire les enfants.

L'âme entière. Version imprimable

J'ai trop marché sur les pavés
Pieds nus sur des morceaux de verre
Regard hagard, les yeux rivés
Vers un futur imaginaire.

Je ne veux plus autant rêver
Je veux marcher les pieds sur terre
Je veux en finir de crever
Noyé dans mes larmes amères.

Je veux marcher dans la lumière
Ne plus regarder en arrière,
Aller d'un pas, l'allure fière
Vers mon trépas, mais l'âme entière.

Mon poisson rouge. Version imprimable

Mon poisson rouge a un petit œil tout rond.
Il tourne en rond dans son bocal tout petit.
Il voit tourner le monde qui l’entoure.
Lorsqu’il fait demi-tour, le monde demi-tourne aussi.

Mon poisson rouge s’est arrêté.
La tête lui tourne.
Je vois bien qu’il se pose des questions.
Que ferais-je dans un bocal cubique?
Ou pire, dans un bocal tuyau?
Et pire encore, dans un bocal sans paroi?
Alors, le vertige le prend.

Il a recraché quelque chose,
et s’est remis à nager.
Après tout, tant qu’il nage,
il est heureux…

Le baiser du soir. Version imprimable

Le soleil et la mer sont singuliers amants:
L'un brûle de désir quand l'autre étreint la grève
Et s'enfuit vers le large et danse comme un rêve.
Alors, n'y tenant plus, plongeant dans le néant,
Il baise enfin la mer et, le temps d'une trêve,
Se mêlent tous les deux aux feux du firmament,
Cèdent place à la nuit comme un enfantement.
Le repos est profond, si l'étreinte fut brève.

La chapelle Saint-Vio Version imprimable

Petit vaisseau de pierre
Amarré à la terre
Dans une mer d'ajoncs
Où paissent des moutons.

Elle entend vos prières,
Vos âmes solitaires
Parmi le grondement
Au loin de l'océan.

La perte. Version imprimable

Toi qui souffrais de voir
autant de gens souffrir,
maintenant c'est à moi
de souffrir de ta perte.

Tu es partie trop vite,
tu es partie trop loin:
je te cherche partout,
mais je te cherche en vain.

Depuis ce jour maudit
où tu as pris la route
qui mène où tu reposes,
reste le souvenir.

Ton rire est toujours là,
au creux de mon oreille;
tes beaux yeux verts et purs
illuminent ma nuit.