Les trains. Version imprimable

J'aime regarder passer les trains. Je n'y peux rien, c'est comme ça. Ça me fait rêver. J'apprends. Je m'installe sur le pont qui enjambe les voies juste à la sortie de la gare. L'hiver, l'endroit est plutôt hostile : la rambarde, les rails, tout cet acier partout inspire le froid. Mais en plein été, lorsque la journée a été particulièrement chaude, il monte du ballast une indéfinissable odeur faite de rouille et de vieilles graisses qui témoigne de la longue histoire de ces voies.
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Le gardien. Version imprimable

Je suis gardien. J'ai toujours été gardien. J'ai ça dans le sang, dans l'âme. Maintenant, je suis gardien de musée. Avant, j'étais dans un phare, mais de toute cette période marine, jamais je n'ai vu quelqu'un vouloir voler mon phare. Consciencieusement, tous les soirs pourtant, j'allumais la lanterne, je scrutais l'horizon, même aux nuits de grandes tempêtes. Non, jamais personne. Alors un jour, je me suis lassé et je me suis dit que gardien de musée, ce serait mieux, plus utile.
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Noir et blanc. Version imprimable

Un grand parc, en hiver, au cœur de la ville. Personne. Il neige. Les arbres nus, figés, encore noirs, se couvrent peu à peu d'une fine pellicule blanche. Le lac est gelé. Quelques canards, sur une patte, regroupés au milieu, immobiles, semblent pétrifiés. Une statue, sans doute une copie de la Vénus d'Arles, juchée sur un imposant piédestal, à demi dévêtue, esquisse un sourire. Au mouvement du drapé de la pierre, on dirait qu'elle va lâcher sa tunique et danser.
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C'est comme... Version imprimable

C'est comme marcher sur un chemin qui se crée au fur et à mesure que tu avances. Il y a des ponts, des tunnels, des virages et des lignes droites, ça monte et ça descend. Parfois tu as très mal aux pieds. Mais tu dis tant pis, tu dis ce n'est pas grave. Puis, à la fin, tu es fatigué, tu ôtes tes chaussures, et tu t'endors.
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Livre blanc. Version imprimable

Par ma fenêtre ouverte, je vois un vallon. Au fond, on devine le parcours presque rectiligne d'un ruisseau à la rangée des saules qui le bordent. De part et d'autre, comme un grand livre ouvert, deux larges prés en pente douce et légèrement bombée.
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Le moulin ivre. Version imprimable

J'habite dans un moulin. A cet endroit, la vallée est très encaissée, sombre, mais juste après ce passage obligé, elle s'élargit en de vastes prés bordés de coteaux boisés. C'est un vrai moulin, avec encore sa roue à aubes et une grande partie de sa machinerie. Le bief, les trappes, les vannes, la dérivation, les déversoirs : tout fonctionne. De l'autre côté, le ruisseau qui peut aussi devenir torrent et au milieu de toutes ces eaux, le moulin.
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Le chemin blanc Version imprimable

Le chemin blanc, c'est celui qu'on emprunte à pas feutrés, ou bien hésitants, ou encore gaillards. Il est là, devant nous, tout droit ou sinueux et ne nous dit pas où il va, où il mène.
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Parlons peu, mais parlons bien. Version imprimable

Marcel:
    qu'avez vous à me dire aujourd'hui?

Moi:
    alors voilà, je dois vous faire une confidence. Pendant des années et des années, j'ai été confronté à une situation peu enviable et vous allez tout de suite comprendre pourquoi. Fatigué de mes journées passées à débattre et philosopher avec d'éminents érudits et penseurs, j'allais me coucher tôt et m'adonnais à la lecture d'ouvrages simples ne requérant aucun effort intellectuel. Ainsi je m'endormais aisément, oubliant même parfois d'éteindre ma bougie. Seulement, ce bon sommeil réparateur ne durait qu'un temps et très tôt, pris d'insupportables cauchemars et maux de crâne, assailli par les réminiscences de ce que j’avais vécu la veille ou même croyant être habité par les personnages de mes dernières lectures, je me réveillais en sueur au beau milieu de la nuit. J'essayais d'évacuer ce malaise en me tournant et me retournant dans mon lit, boire le verre d'eau que je savais toujours à portée de main, posé qu'il était sur ma table de chevet, mais rien n'y faisait. Puis peu à peu tout ce charivari s'apaisait et je pouvais enfin goûter le silence de la chambre. J'ouvrais les yeux et constatais que la nuit était encore bien noire. Je commençais à penser en toute lucidité à la journée qui, de toute façon, finirait par advenir. Alors, la seule chose qui me restait à faire était de me lever bien que l'heure du chant du coq n'ait pas encore sonné.

Marcel:
   mais c'est bien trop long, mon cher! Taillez dans le vif... On s'ennuie avec vous et vos phrases qui n'en finissent pas.

Moi:
   si vous y tenez... je vais vous parler d'une situation que j'ai eu à vivre au cours d'une partie non négligeable de mon existence. Le matin, contrairement à bien des gens, ayant plutôt mal dormi et ne voyant pas l'intérêt de rester encore au lit, je me levais sitôt les premières lueurs du jour.

Marcel:
  c'est mieux, mais, où voulez-vous donc en venir? J'ai encore un peu de mal à vous suivre! Les détails, c'est bien, mais dans le cas qui nous intéresse, j'aimerais sentir l'idée fondamentale qui soustend votre propos, quelque chose comme une révélation. Vous me comprenez?

Moi:
   ça a duré pendant de nombreuses années: à cause de mon sommeil léger, j'avais pour habitude de quitter mon lit à peine l'aube arrivée.

Marcel:
   je commence à y voir un peu plus clair. Toutes circonstances que vous m'exposiez au début ont certes de l'importance, mais seulement pour vous car c'est vous qui avez vécu ce que vous me racontez. Mais de mon point de vue, pour accrocher mon attention, j'ai besoin d'une phrase choc, d'une grande simplicité, de façon que, une fois le thème exposé, il n'y ait plus qu'à se laisser bercer par le flot du discours. Vous savez, il n'y a pas trente six manière d'accrocher le lecteur: il faut qu'il se sente comme le prisonnier, consentant bien sûr sinon c'est le rejet total, de toute la suite que vous lui offrez. Car en fait, un roman, c'est comme un cadeau que vous feriez à un inconnu: inspirez-lui confiance et faites en sorte qu'il, s'il est permis de penser ainsi, en redemande. Je vous écoute.

Moi:
   longtemps, je me suis levé de bonne heure...