La forteresse. Version imprimable

C’est un lieu très ancien: un belvédère surplombant la vallée où la rivière fait un coude sévère comme si elle avait cherché, à un moment donné de son histoire à elle, à retourner vers sa source.
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Le p'tit resto. Version imprimable

On prend la grande rue piétonne du centre-ville et, vers la place de la fontaine, on tourne à gauche et on s'enfonce dans la ruelle mal pavée, mal éclairée. Quand je dis « on s'enfonce », c'est bien le terme, car ici, les maisons sont à colombage et, à cause des surplombs et des balcons, se rejoignent presque dès le deuxième étage. A quelques mètres des restos chics et chers, des bijoutiers et des banques, subsiste un petit monde parallèle (oui, je sais, la ruelle est perpendiculaire, et alors?).
Les nappes, c'est des toiles cirées quand celles à carreaux rouges et blancs sont à la lessive. Chaises en bois, banquettes en moleskine rouge, parquet tout noir, plafond bas, petites appliques murales avec abats-jour à fleurs : on s'y sent bien d'emblée.
Ah, les œufs mimosas, la salade de harengs saurs, la blanquette de veau (aux ceps sur commande en saison), le cassoulet du week-end (c'est à cause de ça que c'est fermé le vendredi), les fromages de chèvre et de brebis de la région, les îles flottantes : que du bon!
En revanche, le bémol, c'est le vin. Alors plutôt que la réserve du patron, j'amène toujours mon vin bouché. Mais pas de problème : ma copine et moi, on est des habitués et, une fois le repas terminé, on trinque tous ensemble. Les grands jours, il nous sort une petite prune de derrière les fagots. Pas d'étiquette, 20 ans d'âge, qui vient d'on ne sait où, et pour la énième fois, on refait le monde.

La nouvelle. Version imprimable

C'est ce matin, pendant la récré, que la nouvelle est tombée. Après un instant de stupeur, elle a fait tout le tour de la cour.
Puis, une fois à la maison, on l'a tous dit à nos papa/maman. Comme c'est curieux, disaient-ils tous. Si bien qu'en quelques jours, tout le village était au courant: l'école n'allait pas fermer!
Alors ils ont tous accouru, pour voir. J'ai dit aux miens que c'était pas bien d'être curieux, mais ils n'ont rien voulu savoir.
La nouvelle avait un petit pansement au genou...

Désinformation. Version imprimable

Un fait divers: hier, un violent mais bref orage s'est abattu sur la commune de S. Sur la route détrempée, une voiture venant de A. a tenté d'éviter un chien errant. Parti en aquaplanning, le véhicule a percuté un muret situé de l'autre côté de la chaussée. La voiture est détruite mais le chauffeur, habitant le bourg, s'en est sorti avec quelques égratignures seulement. Le chien n'a pas été retrouvé.

Lu dans le journal:
Hier, un titanesque  orage a littéralement noyé la petite ville de S. En effet, les trombes d'eau ont inondé partiellement la R.D.... provoquant un étrange accident de la circulation. D'après les premiers éléments de l'enquête des gendarmes dépéchés sur place en un temps record, monsieur M., un quinquagénaire bien connu des services de police pour traffic de stupéfiants, et venant de A. vraissemblablement à vive allure a perdu le contrôle de sa voiture en voulant éviter, selon ses dires par la suite, un chien errant. Donnant un brusque coup de volant, la voiture a traversé la chaussée pour venir frapper de plein fouet un solide mur en pierre. L'homme a réussi à s'extraire seul de l'habitacle et, aux premières constatations, s'en sort miraculeusement avec seulement quelques ecchymoses. En revanche, la voiture, une luxueuse berline flambant neuve de marque allemande bien connue, est en miettes. Un test sanguin a été pratiqué sur l'individu.
À l'heure où nous écrivons ces lignes, nous ne connaissons pas le résultat de ce test et le chien n'a pas été retrouvé. On peut d'ailleurs se demander si ce chien existe réellement ou si ce n'est qu'une invention du conducteur pour se justifier devant les forces de l'ordre.
Nous ne manquerons pas de vous informer des suites de ce mystérieux accident.

Droit de réponse:
Je tiens à faire valoir mon droit de réponse, puisque mon honorabilité a été mise en cause dans votre article.
Bien sûr, mon patronyme est très courant, mais vous devriez justement vérifier avant de proférer des insinuations. Non, je ne suis pas le délinquant que vous vous plaisez à supposer. De plus, le test sanguin s'est révélé négatif et le chien, un labrador sable est bien la cause de mon accident. Avec son large collier rouge, il est très facilement reconnaissable dans le secteur puisqu'on le voit souvent errer dans les rues.
Je crains de l'avoir effectivement touché et je suis inquiet pour lui, car depuis ce jour, je ne le vois plus rôder.

Le point de vue du chien :
Comme toujours, j'avais faim et je traînais vers la gendarmerie. Sous l'orage, mon flair ne vaut rien, mais j'aime l'eau.
J'allais boire quand une voiture m'a tapé. J'avais très mal, alors je suis rentré à la maison. Mon maître m'a grondé en plus et depuis, il ne veut plus que je sorte.
Il me dit que quand j'aurai plus mal, je pourrai sortir à nouveau. Mais moi, je ne voudrai plus.
Et puis maintenant, il me donne à manger comme il faut.
Quand j'ai fini, je vais dans ma corbeille et je ferme un oeil.
Avec l'autre, je regarde mon maître lire le journal.

Le point de vue du journaliste :
Au journal, on dit toujours: force le trait, ça fait le buzz! Alors, comme je tiens à faire mes piges, je force. Mais là, ils m'ont dit stop, t'es allé trop loin dans tes sous-entendus: on t'écarte un peu, le temps que ça se calme, on verra bien comment ça tourne. Alors me voilà coincé à la maison, à lire le journal et à soigner mon chien...

Fin de page blanche. Version imprimable

L'autre jour, au salon du livre, à peine installé, les premiers visiteurs sont arrivés, mais pas véritablement ceux que l'on attendait.
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Un jour, les vendanges. Version imprimable

Un jour, je suis allé faire les vendanges. C'était fin août. La saison avait été chaude et, en cette période où le vert se pare déjà timidement d'or et de cuivre, où les perles de rosée matinale roulent sur les feuilles comme du vif-argent, le soleil ne commençait à plomber qu'à l'approche de midi.
Tout se passait bien : l'équipe de vendangeurs était pleine d'entrain et tout le monde s'activait entre les rangs en chantant, maniait l'épinette avec précision. Le travail avançait vite. L'un après l’autre, les porteurs vidaient leurs bouilles chargées de grappes d'un beau rouge sombre. Il commençait à faire très chaud et, dans les lointains, de gros nuages couleur d'ardoise s'accumulaient en bourgeonnant. Sans aucun doute, un orage se préparait.
Tout juste passé midi, la joyeuse troupe s'octroya une pause casse-croûte. Le pain et les terrines passaient de main en main, les topettes se vidaient bon train. Joie et insouciance vont bien ensemble.
Soudain, un éclair déchira le ciel qui, entre temps, avait viré au violet, puis un deuxième sans attendre le fracas du premier et tout se mélangea dans un inquiétant vacarme. La pluie arriva aussitôt et tout le monde courut se réfugier non loin dans une cadole. L'orage était bien là, juste au dessus de nous. Au bout de quelques instants, la grêle s'en mêla. Les grêlons, d'abord comme des petits-pois, martelaient les feuilles en faisant un drôle de bruit. Puis sans prévenir, ils devinrent gros comme des œufs de poule. En même pas cinq minutes, la vigne fut ravagée : les grappes broyées à terre se mélangeaient à la boue et de petits torrents d'eau mêlée de grêlons et de feuilles déchiquetées se formaient entre les rangs.
Narquois, le soleil revint peu après, mais personne ne chantait plus. Ce fut mon seul et dernier jour de vendange.

La vieille dame. Version imprimable

 Quand j'étais petite, j'aimais jouer à la marchande. Je m'installais en haut des marches de l'escalier extérieur qui menait à la cuisine. Je vendais des coquilles d’escargot vides, des petits cailloux blancs, des boutons de culotte de toutes les couleurs, et parfois, des fourmis et des araignées mortes. Ma grand-mère, quand elle était gentille ou quand j'avais été sage, me prêtait sa balance avec les poids bien rangés de un à cinq cents grammes. Il en manquait un de deux grammes, qu'on avait remplacé par un petit plomb de chasse. Quand j'avais fini, j'étais fière de lui rendre la série complète bien en ordre.
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Café. Version imprimable

Bon, vous savez ce que c'est: on va au café, on choisit une table obscure au fond , on s'installe pour observer, on commande une bière, puis une autre, puis on ne sait plus trop combien. Bref, le temps passe.
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